LES ENFANTS SORCIERS DE KINSHASA - RDCongo

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A Irebu, centre "ouvert" pour filles, elles s'endorment brusquement à même le sol, épuisées par une journée rythmée par les petits boulots, la prostitution, les disputes avec les autres shégués pour sauvegarder les quelques francs congolais qu'elles viennent de gagner -01

Dans l'immense marché Gambela, les enfants des rues vivent de petits boulots, une condition pour que les commerçants les tolèrent -02

Au marché Gambela, ce jeune garçon a nettoyé les étals du marché très tôt le matin pour gagner quelques francs congolais après une nuit passée dehors -03

Au marché Gambela. Solange a longtemps vécu dans la rue. Elle y a connu la faim et contracté des maladies. Elle s'est longtemps retranchée dans sa solitude jusqu'au jour où elle accepta que l'association ORPER l'aide et la soigne. Elle aide la mama propriétaire d'une des échoppes du marché -04

Devant une église de réveil, évangélique, à la Cité, quartier populaire de Kinshasa -05

Dans l'église kimbanguiste, la prophétesse accuse la jeune fille de 14 ans d'être une sorcière. Elle se base sur la description faite par la grand-mère qui se lamente de la maladie de sa fille -06

La prophétesse accuse la jeune fille de 14 ans, aidée de son grand-père (à ses côtés), de voyager en esprit jusqu'à la frontière de l'Angola où sa mère vit isolée, la rendant de plus en plus malade -07

La prophétesse de l'église kimbanguiste, "emportée" par sa prophétie, gifle la jeune fille supposée sorcière...-08

La jeune fille de 14 ans accusée d'être une sorcière se fait raser les cheveux devant toute les autres fidèles à l'écoute d'une autre prophétie. C'est la première phase de l'exorcisme. Le pouvoir sorcier s'introduirait dans le corps par les cheveux...-09

Les "églises de réveil" poussent sur le terreau de la pauvreté et de la croyance aux esprits. Il en existe plus de 10 000 à Kinshasa. Il suffit de 1000 $ pour obtenir du ministère une licence autorisant l'ouverture d'une église. Une activité lucrative pour des "pasteurs" qui n'ont souvent aucune formation théologique -10

A l'église kimbanguiste, les prophétesses bénissent les enfants en les aspergeant d'eau et déterminent si le pouvoir sorcier s'est emparé d'eux. Avant d'aller à l'hôpital, trop cher, ils sont nombreux à chercher une guérison dans les églises de réveil.-11

Ce bébé est né il y a quelques jours et le "mal" serait déjà en lui... La prophétesse va l'en délivrer -12

Célébration du dimanche à l'église kimbanguiste à la Cité, quartier populaire de Kinshasa -13

Reagan, le "docteur spirituel" de l'église kimbanguiste aspire le "mal" qui est entré chez ce bébé dès sa naissance. Il le "libère" de quelques cailloux de sorcier -14

La bougie et l'eau vont "permettre" de déterminer si le jeune garçon "abrite" l'esprit sorcier. Le "diagnostic" fut négatif -15

Cette femme est venue à plusieurs reprises à l'église kimbanguiste pour des douleurs persistantes au ventre. Ce jour là on va la "délivrer" d'un oeuf, manifestation d'un esprit sorcier -16

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Reagan, le "docteur spirituel" de l'église kimbanguiste aspire le "mal" qui s'est emparé de cet homme. Il semble aspirer du sang avant de le recracher, "libérant" ainsi son "patient". Avant d'aller à l'hôpital, trop cher, ils sont nombreux à chercher une guérison dans les églises de réveil -17

Lors de la célébration du dimanche à l'église kimbanguiste, les chants sont nombreux -18

Le "docteur spirituel" va libérer la très jeune fille en l'aspergeant d'eau et proférant des incantations -19

Lors de la célébration du dimanche à l'église kimbanguiste, les chants dominent sur les délivrances -20

A l'église Mama Commandant, les femmes se prosternent à l'évocation du mal qu'il faut chasser de son corps -21

Mama Commandant à la tête d'une église de réveil dénoncée pour les exorcismes qu'elle faisait subir aux enfants. La diffusion d'un film dénonçant ses activités a freiné ses pratiques. Elle prêche dans un quartier pauvre de Kinshasa et se fait maintenant appeler Mama Gina -22

A l'église Mama Commandant, dans un quartier pauvre de Kinshasa, un jeune garçon prie -23

Au centre "ouvert" pour garçons de l'Orper, à l'heure du repas. Les enfants des rues pour la plupart accusés de sorcellerie y trouvent refuge -24

Au centre "ouvert" pour garçons de l'association Orper. Les deux adolescents ont gagné suffisamment d'argent pour cuisiner leur propre repas -25

Au centre "ouvert" pour filles de l'Orper, Sarah et ses amies. Elles viennent dans le centre au gré de leurs envies ou des petits boulots qu'elles trouvent pour s'acheter quelques affaires -26

Au Centre Monseigneur Munzihirwa, tenu par des Jésuites, une cinquantaine de garçons de 3 ans à 17 ans, accusés de sorcellerie, ont été recueillis. Ils y suivent des cours scolaires et des activités. L'équipe tente aussi de réunifier enfants et parents mais le processus souvent long échoue dans 60% des cas -27

Les shégués, enfants des rues, enfants sorciers. Longtemps redoutés par la population, accusés d'être violents, de voler. Les plus âgés sont arrivés à Kinshasa avec Laurent D. Kabila. Ils étaient des enfants soldats, abandonnés à eux-mêmes dans les rues de la capitale, alors que les milices étaient peu à peu désarmées -28

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Les shégués, enfants des rues, enfants sorciers. Les garçons ont souvent sous leur coupe des filles qui se prostituent et tombent enceinte très jeunes -29

Les shégués, filles et garçons, se baignent dans l'une des rivières de Kinshasa dont les berges sont recouvertes des détritus charriés par les pluies diluviennes -30

Au centre "ouvert" pour filles, chacune a un casier pour ses affaires, seul espace personnel pour ces jeunes filles rejetées par leur famille et qui vivaient dans la rue depuis des années avant d'arriver au centre de l'Orper -31

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Le bus de l'Orper va 5 soirs sur 7 à la rencontre des shégués qui dorment dans les rues de la capitale et leur apportent des soins indispensables. Co-financé par l'Unicef ce bus est accueilli avec joie par les plus jeunes . Seul moment de réconfort avec des adultes dans une journée faite de petits boulots, de vols, de bagarres -32

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Dans le bus de l'association Orper au centre-ville ces très jeunes filles trouvent un peu de réconfort et reçoivent des soins indispensables.Vivant dehors elles se prostituent pour survivre -33

Au centre "ouvert" pour filles, elles s'endorment brusquement, épuisées par une journée rythmée par de petits boulots et les disputes avec les autres shégués, garçons et filles, pour sauvegarder ce qu'elles viennent de gagner et la prostitution -34

LES SHEGUES DE KINSHASA - Les enfants sacrifiés d'un pays meurtri

Kinshasa, grouillante, vivante, au point qu’il est difficile de les distinguer dans le flux incessant de piétons, gimbardes, taxis-bus : les shégués, les enfants abandonnés, se fondent dans la foule afférée à survivre. Ils étaient 12 000 en 2000, certainement plus de 15 000 aujourd’hui dans les rues de la capitale de la République Démocratique du Congo, 25 000 dans tout le pays.

 

Au marché de Gambela on peut les surprendre, assis un instant, ils se regroupent pour se montrer leurs derniers trésors, un peu de  nourriture, une paire de tongs offertes et bien vite revendue pour manger, puis s’éparpillent à nouveau tels des moineaux que les vendeurs du marché gardent à l’œil malgré tout. Car si certains travaillent, quelques heures, par chance, à nettoyer les étals le matin ou préparer la cuisine d’un resto-échoppe, beaucoup sont contraints de voler pour se nourrir. Poussés à la rue, sciemment abandonnés pour les plus jeunes, les shégués sont la manifestation la plus aigüe d’une société en pleine déliquescence. « Avant ça n’existait pas ; les enfants étaient considérés comme une richesse, ils aidaient à la maison, aux champs, on ne leur aurait pas fait de mal » confient souvent les adultes. Avant. Avant le génocide, avant les guerres ethniques dans les provinces de l’est, près du Rwanda, avant l’exil vers la capitale de ces populations du Kivu, suivi de l’arrivée des chefs de guerre et de leurs milices composées d’enfants soldats, les Kadogos  (selon l’Unicef, 30 000 enfants auraient été recrutés par les milices) qui ont grandi dans un univers de servilité et de violence.

 

Depuis 1998, 5 millions de personnes sont mortes emportées par les guerres ou par leurs conséquences directes, maladies, malnutrition, exil et pauvreté, ce qui fait de la RDC le pays au plus fort taux de mortalité au monde. En dépit d’élections menées à terme en octobre 2006 sous la surveillance de l’ONU, le pouvoir du président Kabila n’a pas su ramener le calme dans les provinces de l’Ituri à la frontière du Rwanda et de l’Ouganda, zone de pillages incessants, de luttes politiques et militaires qui poussent encore chaque mois 120 000 personnes à fuir leur foyer. En dépit de l’argent déversé par l’ONU et les ONG associées, 50% des enfants en âge scolaire ne vont pas à l’école et seul 5 à 10% de la population adulte bénéficie d’un emploi salarié. Un salaire de base 50 $, insuffisant pour subvenir aux besoins de sa famille et à fortiori de la famille élargie. Nourrir tous ses enfants devient impossible pour certains, les soigner encore plus…. L’hôpital coûte cher, l’Etat n’est d’aucune aide. Alors on se tourne vers les églises évangélistes, appelées ici églises de réveil, qui trouvent une explication à tous les maux de la famille. Les parents morts du sida, la mère exilée en Angola et de plus en plus malade, la jeune fille qui ne peut pas trouver de mari, l’homme soudain partiellement paralysé à la suite des obsèques de son père : c’est le pouvoir sorcier qui agit à travers les enfants, souvent les plus jeunes car les moins aptes à se défendre.

 Il suffit de 1000 $ pour obtenir une licence du ministère afin d’ouvrir une église de réveil : un toit de tôle, des bancs de bois, elles fleurissent. En l’espace de 200 mètres, dans la même rue 4 églises se succèdent. 10 000 églises de réveil ont été recensées à Kinshasa.

 

Les familles amènent les enfants, acceptent le verdict des pasteurs. Le malheur qui s’abat sur eux s’explique désormais. Ils reviennent avec leur obole, de l’huile, de la nourriture. L’huile versée dans les yeux de l’enfant prouvera, s’il pleure, qu’il est bien sorcier. Au mieux l’enfant subira un désenvoûtement et repartira dans sa famille, mais la pauvreté, la maladie vont-elles soudain disparaître ? Au pire il restera dans l’église où il devra jeûner pendant une ou plusieurs semaines avant de subir un désenvoûtement traumatisant. Un nombre indéfini d’enfants sont morts lors de ces cérémonies : on relate qu’ils étaient épuisés par la faim, ont subi des coups ou le supplice du pneu enflammé.

 

Beaucoup se retrouveront à la rue, à 3 ans, 7 ans, 12 ans pour des années, contraints à survivre en volant. La plupart d’entre eux se droguent. Toutes les filles se prostituent, entraînées par les plus grandes, contraintes par les militaires. Les plus chanceux ont croisé la route d’associations souvent catholiques qui les accueillent dans des centres d’accueil où ils peuvent peu à peu se scolariser, retrouver des relations apaisées avec des adultes. Mais leurs moyens sont modestes, les projets de formation pour leur donner un métier donc une autonomie financière mettent des années à voir le jour. Des processus de réunification avec la famille (seuls 20 à 30 % pourront retrouver les leurs) sont enclenchés mais n’aboutissent qu’au bout de longs mois. Les familles qui ont chassé l’un de leurs enfants, pétries de croyances, évitant de se confronter à leurs propres responsabilités, sont difficiles à convaincre. A moins que l’enfant puisse amener de l’argent au foyer…

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Dominique Viger

 

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